« L’argent de la vieille »: la grande métaphore des relations tyranniques

Le cinéma italien des années 50 à 70 avait cette grande force de développer des drames humains, des messages sociaux et sociétaux, avec un réalisme et un humour ravageur, usant aussi bien de la farce grotesque que de la perversion mise à nue.

Dans « L’argent de la vieille »(Lo scopone scientifico) de Luigi Comencini, Bette Davis y incarne une vieillissante milliardaire américaine, qui vient tous les ans à Rome, et son occupation favorite est d’y jouer pour de l’argent le fameux jeu de carte « scopa » avec une famille de pauvre, sur qui des quartiers entiers parient l’espoir d’une fortune. La métaphore politique et sociologique est d’emblée transparante : la milliardaire incarne la puissance internationale -au choix l’Amérique, une instance ou une multinationale- qui vient prélever sa dîme avec comme appât l’illusion du gain, et le besoin de voir de l’argent distribué. Le couple invité à jouer est le gouvernement élu, qui tente sa chance dans la négociation, soutenu par la foule, ne comprenant pas que le mécanisme est vicié – un personnage lucide dira d’ailleurs : « on ne peut pas gagner contre la vieille, car avec ses fonds, elle peut se permettre de perdre longtemps, et tout récupérer d’un coup ».C’est le principe de l’usure et du chantage économique dans les relations nord-sud, pays pauvres-riches qui est évoqués ici, et au sens large, la complicité tacite entre dominant et dominé, à l’aide de différent stratagème de pouvoir, comme le bouc émissaire, le sauveur,etc. En bref une joyeuse et grinçante satire socio-politique, et la conclusion viendra d’un des enfants du couple, qui avec son entièreté n’est pas dupe de la situation…

 

Family Life de Ken Loach, la dénonciation vibrante de la perversion familiale

Le conflit entre Janice Baildon et ses parents est sans espoir.

Dans ce film, on assiste à la destruction d’une jeune femme par le système et les adultes ; toute tentative d’expression personnelle est reçue comme une agression et donc réprimée.

Par le jeu des hospitalisations répétées et des médicaments neuroleptiques dépersonnalisant, Janice s’enfonce peu à peu dans une psychose quasi expérimentale. La séquence finale est poignante et vaut tous les discours sur l’aliénation d’une société dogmatique, où les sentiments, le bon sens et l’intelligence du coeur n’ont pas court.

Film dur, contestataire, Family Life est aussi pédagogique, en ce qu’il montre brillamment par la pression psychologique et les situations paradoxales donc sans issue, « comment rendre l’autre fou » (Harold Searles, L’effort pour rendre l’autre fou).

C’est un film important dans la carrière d’un réalisateur engagé, Ken Loach, qui vient -très justement- de recevoir la palme d’or à Cannes pour « Moi, Daniel Blake »

A mettre en parallèle avec les travaux de Marie-France Hirigoyen et son livre ‘le harcèlement moral« , dont le film est en l’illustration.Aussi dur que salutaire, pour mettre à nu les perversions psychiques, basées sur le chantage affectif, existentiel et sociétal. Il dénonce enfin un monde médical sans âme, chosifiant l’humain et déconnecté des réalités. Même si des progrès ont été fait, le film reste -hélas- très actuel,et d’utilité publique, pour arriver à une vraie résilience.

Helen Keller : « La sécurité est essentiellement une superstition.La vie est une aventure courageuse ou elle n’est rien »

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Née aveugle et sourde-muette au 19e siècle,rien ne prédisposait Hellen Keller à avoir une vie bien remplie. Mais de ces difficultés et handicap en sortira une âme brillante et lumineuse qui aura fait le tour du monde.

En 1882 à l’âge de 19 mois, Hellen Keller est atteinte d’une congestion cérébrale qui la prive de tout sens.Ses parents auront beau appeler tous les spécialistes possible, de Graham Bell aux écoles pour aveugle, rien n’y fait.La petite Helen ne peut communiquer et devient une vraie sauvageonne.Jusqu’à la rencontre avec Ann Sullivan, une institutrice qui perdit elle-même la vue avant de la recouvrer jusqu’à un certains point, et qui deviendra le initiatrice, l’enseignante et l’amie d’Helen sa vie durant.

Elle réussira l’incroyable, à l’époque ou le braille commence à peine à être diffusé : en mettant au point un language par le toucher des mains, et des gestes comparables au morse, elle arrive à faire comprendre à Helen des mots, l’association d’idées et de formes, provoquant un déclic des plus émouvant décrit dans son autobiographie, la faisant sortir du puit sans fond dans lequelle elle était plongée. D’une petite fille tourmentée, capricieuse et gatée par ses parents, elle deviendra alors un exemple de ténacité et d’idéal. Helen ne veut plus se limiter, et apprendra le braille, le language des signes, apprendra à lire et se fixe des objectifs toujours plus élevé : apprendre d’autres langues, aller à l’école, obtenir des diplômes, et enfin : parler. Chose qu’elle réussit à faire en domestiquant ses cordes vocales et reconnaissant la manière de les moduler pour obtenir le son voulu !

On la voit parler dans cette vidéo (1’50)

Quand elle avait 20 ans, elle est entrée au collège de Radcliffe, avec Miss Sullivan à ses côtés pour épeler les manuels – lettre par lettre – dans sa main. Quatre ans plus tard, elle est la première personne de sa condition à décrocher un diplôme « Cum Laude » (avec les félicitations du jury).
Elle apprit l’allemand, le français, le grec, le latin. Elle devint l’une des femmes les plus cultivée du XXème siècle. Ses poètes favoris étaient Goethe et Schiller.

Après ses études, Helen Keller a consacré sa vie à aider les personnes aveugles et sourdes-aveugles. Elle a comparu devant les législatures d’État et les instances internationales, a parcouru le monde pour donner des conférences et à visiter les zones avec une forte incidence de la cécité. Elle a écrit de nombreux livres et articles. Elle a rencontré tous les présidents américains de Grover Cleveland à Lyndon Johnson, et a joué un rôle majeur dans l’attention et la prévention pour les personnes atteintes de cécité.

Elle se revendique socialiste, et se bat pour des causes qui défraient alors la chronique : contraception, droit de vote des femmes… Elle fonde en 1915 la Helen Keller International, l’une des premières ONG au monde, dédiée à la lutte contre la cécité et la faim dans le monde.

En 1932 Anne Sullivan perd la vue. Après de nombreux problèmes de santé, elle décède en 1936. Une jeune femme nommée Polly Thompson, qui avait commencé à travailler comme secrétaire pour Helen Keller et Anne Sullivan en 1914 devient alors la compagne d’Helen.

Plus que cela, Helen Keller aura légué un parcours de l’obscurité vers la lumière dans tout les sens du terme, cultivant une spiritualité hors norme et basée sur l’expérience de vie, exprimant les pensées les plus belles et profondes :

« La sécurité est essentiellement une superstition. Elle n’existe pas dans la nature, et les enfants des hommes dans leur ensemble n’en font pas l’expérience. Eviter le danger n’est pas plus sûr dans le long terme que de s’y exposer catégoriquement. La vie est une aventure courageuse ou elle n’est rien. Tenir bon face au changement et se comporter comme des esprits libres en présence du destin est une force imbattable. »

« Aucun pessimiste n’a jamais découvert le secret des étoiles, navigué jusqu’à des terres inconnues, ou ouvert un nouveau chemin pour l’esprit humain »
Lorsque se ferme la porte d’une occasion de bonheur, une autre s’ouvre; mais nous regardons si souvent la porte fermée que nous ne voyons pas celle qui s’est ouverte pour nous. »
 »
De nombreuses personnes se font une fausse idée du bonheur. On ne l’atteint pas en satisfaisant ses désirs, mais en se vouant à un but louable. »
« Le monde est rempli à la fois de souffrance et de victoires sur la souffrance. »
Un film sur sa vie fut tourné, « Miracle en Alabama », ainsi q’une bande dessinée et une biographie 
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Le Pont de la Rivière Kwaï, ou le syndrôme du pouvoir

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Pierre Boulle aura marqué la littérature par ses études poussées de la sociologie humaine, et plus précisément par le biais de deux titres, devenus célèbres par les deux adaptations cinématographiques de qualité, à savoir « La Planète des Singes », et « Le Pont de la rivière Kwaï » .Pertinent sur les blocages psychologiques et les conceptions étroites de la réalité qui mène à découvrir l’erreur de jugement de manière révélatoire, cette oeuvre est un véritable manifeste pour la liberté, tout en dénonçant subtilement un syndrôme certain à l’obéissance aveugle envers la hiérarchie et les règles, la fidélité à l’idéologie qui mène pourtant (et invariablement) au chaos.

Prisonnier avec sa compagnie par les japonais, le colonel anglais Nicholson (interprété brillamment par Alec Guinness) décide dans un premier temps de tenir tête au tortionnaire qui dirige ce camp perdu dans la jungle, et de faire valoir les droits au respect.

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Mais une punition sévère le fera ensuite changer d’avis.et sous des prétextes d’honneur , de discipline( ),et de donner une leçon de savoir-vivre à ses geôliers, le colonel va en fait collaborer avec zèle avec l’ennemi, se dépêchant de terminer un pont construit par ses soldats, qui permettra l’acheminement de troupes. Le colonel ira jusqu’à traiter de traîtres ceux tentant de saboter le pont, ou de s’évader.Il se félicitera même des avancées des travaux, et obtiendra ainsi petit à petit, les faveurs du commandant, pour se rapprocher de plus en plus de lui.

Décidé à chérir son pont envers et contre tout,il ira même jusqu’à soupçonner une opération commando, et aidera l’ennemi (les japonais ici étant un aspect extérieur à cette fable universelle) à démasquer la destruction projetée du pont. Jusqu’à ce qu’une prise de conscience -tourné dans une scène qui restera dans les annales du cinéma- lui fasse rendre compte de son effroyable erreur , et réussisse à lui faire faire son vrai devoir : lutter .kwai

La folie d’une personne perdu dans son mental et ses concepts y est rendu comme rarement, et c’était déjà le cas dans l’oeuvre-miroir « la planète des singes », où la classe dominante des singes ne voulaient pas voir qu’ils s’enfonçaient dans le dogme par peur que la hiérarchie ne soie ébranlée par des vérités cachées.

L’obéissance, la croyance qu’appliquer un dogme ou un -isme est la solution miracle qui va structurer harmonieusement la société, alors que le chérissement fétichiste et mental va aboutir sur la séduction de tout contrôler, d’avoir les faveurs du haut de la pyramide, et d’avoir peur -une peur superstitieuse- qu’une liberté nouvelle va apporter le chaos, alors que c’est bien ce raisonnement paranoiaque qui l’amène ! L’orgueil caché a plus d’une tour dans son sac,et la littérature de la première moitié du 20e siècle est riche dans cette exploration psychologique, depuis Dickens jusqu’à Moby Dick, en passant par Aldous Huxley…des études sociologiques disent d’ailleurs que nous sommes des sociétés paranoiaques dirigées par des pervers manipulateurs.Aussi cruel que cela puisse paraître, il faut bien admettre qu’il y a beaucoup de vrai, les conflits actuels ne le montrant que trop.

On pourrait comparer la peur de voir une idéologie contredite comme la peur superstitieuse de l’éclipse solaire aux temps antiques.D’ailleurs on entend hélas dans les médias cette boucle schizophrénique, lorsqu’une critique point sur les défaillances de notre monde et que vient poindre le bout d’une idée nouvelle : « oui mais si on change quelque chose ce sera le retour à l’âge de la bougie ».C’est oublier qu’il y a un siècle on disait qu’un avion plus lourd que l’air ne volerait jamais, et qui si les ouvriers avaient plus de droits, ce serait le « chaos ».Oui, mais pour qui ? si ce n’est ces humains affectés par ce virus mental du contrôle, ou de l’illusion du contrôle.

Cependant le colonel fait une chose magique : il s’autorise à changer d’avis , écoutant son étincelle, et fait la chose juste quoiqu’il puisse lui en coûter.Voilà une qualité que l’homme devrait s’octroyer de façon plus généreuse, pour enfin passer à une société plus adulte.

 

Satprem : « On est assis sur la mine d’or et on ne le sait pas »

Satprem, c’est le nom de ce français touché par la grâce d’un couple particulier, le fameux sage et mystique indien Sri Aurobindo, et Mirra Alfassa, surnommée « Mère », et qui donna son nom hindou à Satprem (« celui qui aime vraiment » en sanskrit). Il fut le témoin privilégié des ces grands penseurs qui ont légué à l’humanité des graines pour l’avenir, dans cette quête de l’absolu spirituel que tout homme recherche, que Aurobindo nommait le « supramental ».Lui qui fut  à l’origine de l’indépendance de l’Inde et fit de la prison bien avant Ghandi, visité par Jung, cet intellectuel devint sage par la méditation, et laisse de nombreux ouvrages et écrit sur l’univers, attendant que l’humanité s’y intéresse et comprenne ces trésors.

Satprem n’a pas attendu, cet assoiffé du Sans nom et du beau intérieur , pour démontrer qu’en s’inspirant de la sagesse d’autres êtres humains, on pouvait s’accomplir soi-même, creuser son sillon et se découvrir, tout en livrant généreusement son témoignage sur son vécu, depuis les camps de concentrations qu’il dut subir durant la guerre, jusqu’à sa rencontre avec Mirra Alfassa et Aurobindo, et son parcours personnel, avec pour fil d’or, la recherche de la réalité derrière l’illusion du monde, la réalité de l’âme et ses contrées infinies.En 1981, une équipe de cinéastes dirigée par David Montemurri, réalisateur de la télévision italienne, se rend dans les Nilgiris, les Montagnes Bleues du Sud de l’Inde où Satprem réside à l’époque, pour l’interviewer. « On n’est pas dans une crise morale, on n’est pas dans une crise politique, financière, religieuse, on est dans une crise évolutive. On est en train de mourir à l’humanité pour naître à autre chose… » répond-il aux questions concernant la crise de civilisation que nous traversons actuellement et l’avenir du monde moderne.

 

Retour en vidéo et en livre sur ce « gentleman yogi » :

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Daniel Tammet : « On n’a pas besoin d’être handicapé pour être différent car tout le monde est différent »

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Mondialement connu, Daniel Tammet fait partie de ces autistes qui remettent en cause les sciences et nos réalités, de par ses capacités particulières. Le grand intérêt de son « cas » est que tout jeune, Daniel était un autiste dans le spectre dit « Asperger » très dur, avec peu ou pas d’empathie, et une fermeture avec le monde extérieur.Puis il s’est ouvert, a changé en grandissant, et a pu nous raconter comment il voyait le monde, avant et après son ouverture : un monde où il voit des chiffres, des couleurs et des formes dans les mots, le bâtiments,etc. Un chiffre lui évoque une forme, un mot lui évoque une couleur, avec pour résultat d’incroyables capacités de calcul, ou le fait d’apprendre une langue, l’islandais, en une semaine ! il a également inventé une langue, cherchant à appliquer ses savoirs dans la poésie et la chaleur humaine, quoi de plus « normal » quelque part, pour un passionné des chiffres et des mots.

Ces capacités de synesthésie- comme Melissa McCracken lui ont ouvert les portes vertigineuse de l’univers, parfaitement ordonné, où mathématique et analogie spirituelle se marient. Lui qui avait du mal à sortir de chez lui, il finit par partir en Estonie donner des cours d’anglais. Le plus intéressant, c’est à la fois cette idée que chacun est différent et normal, et que nous souhaitons tous être accepté tels que nous sommes , de façon normale, laissant la place à l’expression personnelle. C’est certainement la démarche de Daniel Tammet quand on lui pose ces questions :

Pensez-vous que les mathématiciens « inventent » ou « découvrent » quelque chose qui existe déjà ? J’ai toujours le sentiment quand j’écris que je découvre quelque chose, qui existe déjà, qui est déjà réel et qui n’a pas besoin de ma permission pour être réel. Mais en l’écrivant je le découvre moi-même, à l’instant même, en mettant sur une page blanche ce mot, cette phrase, cette idée. Et de même je pense qu’un mathématicien, lorsqu’il écrit une idée, un théorème, une équation, mon sentiment est qu’il s’agit plus d’une découverte que d’une invention pure. Dans le sens où il aurait tout inventé tout seul, et où sans lui nous n’aurions jamais connu cela.

Est-ce que cela veut dire que les mathématiques sont le langage de la nature, voire la structure même de l’univers ? Oui, il est certain que les mathématiques sont universelles, dans le sens où effectivement c’est une structure pour notre univers, mais je pense que c’est la même chose pour les écrivains. C’est pourquoi je veux rapprocher ces deux mondes. Les mathématiciens sont des explorateurs qui découvrent la réalité.

Interview complète 

Daniel Tammet s’est fait connaître avec son premier livre, « Je suis né un jour Bleu », touchant témoignage de la vie de tous les jours depuis l’enfance, les difficultés rencontrées, et cette résilience par le fait d’oser faire des choses qui lui faisaient peur.Un premier livre abordable pour découvrir ce regard original

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